L'offre amicale du groupe de défense valorise à hauteur de 4,8 milliards d'euros le spécialiste des cartes à puce. Atos, dont l'offre de rachat avait été repoussée par Gemalto, a concédé sa défaite.
Cette fois, les deux protagonistes sont d'accord. Déjà sous le coup d'une OPA hostile lancée lundi dernier par Atos, Gemalto dit «oui» à Thales. Sur le papier, la nouvelle offre, visant à créer «un leader mondial de la sécurité numérique», a tout pour plaire, à commencer par le prix.
Le groupe de défense offre en effet 51 euros par action, en numéraire pour Gemalto, le leader français de la carte à puce. Il le valorise ainsi à 4,8 milliards, soit un montant supérieur aux 4,3 milliards mis sur la table par Atos. L'offre est ainsi «entièrement financée». Patrice Caine, le PDG de Thales, a le soutien plein et entier de tous ses administrateurs, notamment ceux représentants ses deux grands actionnaires: l'État (25,8 %) et Dassault Aviation (24,8 %). De son côté, le conseil d'administration de Gemalto a «unanimement accepté» la proposition de Thales et recommande à ses actionnaires d'approuver l'offre, qui leur sera soumise au cours d'une prochaine assemblée générale.
Conseillés par Lazard, Messier Maris & Associés et Société générale pour Thales et Deutsche Bank et JP Morgan pour Gemalto, les deux groupes discutaient en fait depuis des mois. Les négociations se sont accélérées ces derniers jours, pour aboutir ce dimanche à cinq heures. La nuit fut courte pour Patrice Caine et Philippe Vallée, le directeur général de Gemalto. Dimanche matin, les deux patrons avaient en effet à cœur de montrer leur bonne entente. Une complicité qui tranche avec les relations très policées entretenues par Gemalto avec Atos, son «partenaire, client et fournisseur». Thierry Breton, le PDG d'Atos, avait pourtant pris soin de rencontrer Philippe Vallée le 28 novembre pour lui présenter son offre de rachat. En vain. Les administrateurs de Gemalto ont considéré que le projet d'Atos «ne satisfaisait pas tous les prérequis en termes de prix, de stratégie et d'intégration».
Champions tricolores
Dans un communiqué transmis dimanche soir, Atos a concédé sa défaite et annoncé qu'il ne donnerait pas suite à sa proposition rejetée, assurant «rester disponible pour étudier un rapprochement» dans l'hypothèse où l'offre de Thales n'irait pas jusqu'à son terme.
L'État, actionnaire de Gemalto et de Thales, a en efft approuvé l'opération, sifflant de facto la fin de la partie. «Thales a eu l'intelligence de négocier avec le management de Gemalto. C'est un atout considérable», note un autre connaisseur du dossier.
Thales et Gemalto jouent a plein la carte de la complémentarité de leurs activités. Ce discours est à la fois un message à leurs salariés et aux autorités de concurrence. Celles-ci devront donner leur feu vert dans plusieurs pays, dont l'Europe et les États-Unis. Les deux groupes veulent aller vite. Thales déposera dans les prochains jours son offre après de l'AFM, le gendarme de la Bourse d'Amsterdam où Gemalto est coté. Dès ce lundi, les deux partenaires mettent en place des équipes pour préparer l'intégration des activités de Gemalto, afin d'être prêts lorsqu'ils auront reçu l'aval de toutes les parties prenantes.
Cette opération est la deuxième d'envergure cette année en France. Oberthur Technologies (OT) a ouvert le bal en rachetant Morpho, la filiale biométrie de Safran pour 2,4 milliards. Gemalto s'était d'ailleurs intéressé à Morpho il y a quelques mois. Sous l'égide du fonds américain Advent et de Bpifrance, OT et Morpho ont donné naissance, cet automne, à Idemia, leader de la sécurité digitale.
Avec la naissance de champions capables de rivaliser avec les géants américains, tels que Cisco ou IBM, la France peut prétendre s'imposer sur les marchés stratégiques de la cybersécurité, de l'Internet des objets (usines connectées, aéronefs, véhicules autonomes…) et de l'identification. Le marché reste très émietté et d'autres fusions devraient intervenir.
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