
Emmanuel Macron présente jeudi un plan ambitieux pour développer l’intelligence artificielle (IA), en passe de révolutionner l’économie et la société. Des Etats, mais aussi des entreprises qui se serviraient de cette technologie pour dominer le monde. Il y a quelques mois, Vladimir Poutine revenait à son tour sur la question de l’IA et assurait que celui qui deviendrait "leader" dans ce domaine deviendrait "le maître du monde".
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Des propos que tente de nuancer Jean-Gabriel Ganascia, professeur d’informatique à Sorbonne Universités. Spécialiste de l’IA, il a écrit plusieurs livres sur le sujet : "C’est vrai que l’intelligence artificielle va jouer un rôle de plus en plus important dans les années à venir, un rôle qui va devenir stratégique. Je ne dirais pas qu’il y aura un seul maître du monde. Mais il est clair qu’il y a des puissances dans le monde qui s’affrontent en utilisant l’IA. Aujourd’hui, on voit que la possession des données est déterminante", confie le professeur.
"Leur exploitation permet de construire des connaissances extrêmement fines, continue Jean-Gabriel Ganascia. Cela permet par exemple aux GAFA de fonder un modèle économique sur la publicité ciblée. Je crois que nous rentrons dans un monde très différent avec l’IA, impliquant des acteurs très divers, dont certains ne sont pas localisés sur un territoire précis, et qui cherchent à prendre un pouvoir de plus en plus conséquent".
La machine prendra-t-elle le pas sur l’homme ?
Parmi les idées reçues, celui de voir un jour la machine dominer l’Homme reste une des plus populaires. Au cinéma, de nombreux films décrivent un scénario apocalyptique où une intelligence artificielle trop développée permettrait aux robots de prendre le pas sur la race humaine. Un fantasme, plus qu’une future réalité pour le professeur d’informatique : "Beaucoup de gens laissent entendre que l’IA représente un danger existentiel pour l’Humanité, déplore Jean-Gabriel Ganascia. Mais ce n’est pas le cas actuellement."
"Le risque que les machines deviennent autonomes et dominent un jour l’Homme paraît très peu probable, constate le spécialiste français. Le vrai risque c’est que derrière ces machines, il y ait des hommes qui prennent le pouvoir en se servant d’elles. Que des grands acteurs du numérique notamment s’emparent d’une partie de nos vies."
Un organe nationale de régulation de l’intelligence artificielle
Le développement de l’intelligence artificielle soulève la question d’une instance régulatrice. Qui pourrait légiférer que l’IA ?A Quel niveau ? En juillet dernier, Elon Musk alertait déjà sur les risques engendrés par cette technologie et militait pour un organe de régulation. Plus récemment, le Québec s’est aussi positionné et à proposer la création d’une Organisation mondiale de l’IA chargée de travailler sur les enjeux sociétaux et éthiques. Un avis que ne partage pas le spécialiste français.
"Il me semble mauvais qu’une agence de réflexion de ce type soit mondiale, nuance Jean-Gabriel Ganascia. Il faudrait qu’elle soit à la fois au niveau français et au niveau européen. Le plus important serait de définir des stratégies industrielles nationales et européennes plus efficaces que celles qui ont été mises en place jusqu’ici. L’essentiel, c’est que les citoyens adhèrent aux évolutions technologiques en contribuant collectivement à l’élaboration des réflexions".
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