WALL STREET TERMINE EN BAISSE
(Reuters) - La Bourse de New York a fini en forte baisse jeudi, avec le S&P-500 à des plus bas de 15 mois, dans un marché qui a continué de réagir à la volonté de la Réserve fédérale de poursuivre ses hausses de taux en dépit des inquiétudes sur la croissance et la volatilité des marchés financiers.
L'indice Dow Jones a perdu 464,06 points, soit 1,99%, à 22.859,60 et le S&P-500, plus large, a cédé 39,54 points ou 1,58% à 2.467,42, ce qui porte leur recul à plus de 7% depuis le début de l'année.
Le Nasdaq Composite a reculé de son côté de 108,42 points (1,63%) à 6.528,41, à pratiquement 20% de sa clôture record du 2 août - un seuil qui l'aurait fait passer en "bear market" (territoire baissier) et qu'il a franchi en séance, quand il a reculé jusqu'à un nouveau plus bas de 2018 à 6.447 points. Depuis le 1er janvier, sa baisse n'est toutefois que de 5,4%.
Sans surprise, la Fed a relevé mercredi l'objectif de taux des fonds fédéraux d'un quart de point, pour la septième fois en huit trimestres, mais sa décision de maintenir une trajectoire haussière l'an prochain et de continuer de réduire son bilan au rythme de 50 milliards de dollars (44 milliards d'euros) par mois a douché les espoirs des investisseurs d'une pause dans le resserrement monétaire.
"Tout le monde ne parle que des retombées de la hausse de taux. La Fed a tué l'idée qu'elle apporterait un filet de sécurité au marché", commente Michael Antonelli, responsable des ventes institutionnelles chez Robert W. Baird à Milwaukee.
"Le resserrement quantitatif se poursuit à un rythme plus rapide que prévu et les cours des actions s'ajustent en conséquence", dit pour sa part Joe Saluzzi, co-directeur du trading chez Themis Trading à Chatham (New Jersey), en référence à la réduction du bilan de la banque centrale.
A l'absence de soutien de la Fed, qui avait déjà plombé Wall Street mercredi, s'ajoute le bras de fer entre le président Donald Trump et le Congrès sur le budget, avec la menace de la fermeture de certaines administrations publiques dès vendredi soir. Le "shutdown" qui menace ne serait que partiel mais augurerait mal de l'an prochain quand les démocrates contrôleront la Chambre des Représentants, note Brian Battle, chez Performance Trust Capital Partners à Chicago.
Quelques publications de sociétés mal reçues ont enfin ajouté au pessimisme des investisseurs.
L'indice Vix de la volatilité a bondi dans l'après-midi jusqu'à 30,30, au plus haut depuis son pic à plus de 50 points pendant la correction du début février. Il a finalement terminé à 28,38 points, en hausse de 2,80 points ou près de 11%.
VALEURS
Parmi les 11 grands indices sectoriels S&P, seul celui des services aux collectivités (+0,27%) a fini dans le vert, aidé par le profil défensif des "utilities".
Les plus fortes baisses ont été pour l'énergie (-2,79%), dans le sillage des cours du pétrole, et pour les valeurs de la consommation discrétionnaire (-2,25%) dans la crainte d'une saison de Noël en demi-teinte à cause de la hausse du coût du crédit. La consommation de base, au profil normalement défensif, a aussi subi cet effet (-1,74%).
Parmi les 30 composantes du Dow Jones, la seule hausse a été pour Johnson & Johnson, qui a progressé de 0,52%.
Après leurs résultats, Walgreens Boots Alliance a lâché 5,02%, la plus forte baisse du Dow, et Conagra Brands, lanterne rouge du S&P-500, a chuté de 16,53%. Accenture qui a publié des résultats meilleurs que prévu mais dont les prévisions ont déçu, a cédé pour sa part 4,94%.
Nike a reculé de 2,09% dans l'attente de ses résultats à la clôture mais il remontait de 6% dans les transactions d'après-Bourse, son chiffre d'affaires étant ressorti meilleur que prévu.
Parmi les plus fortes baisses du jour, Twitter a chuté de 11,05% à 29,29 dollars après avoir été pris pour cible par le spécialiste de ventes à découvert Citron Research, pour qui le titre ne vaut pas plus que 20 dollars.
LES INDICATEURS DU JOUR
Les inscriptions au chômage ont augmenté de 8.000 la semaine dernière, à 214.000 contre 206.000 la semaine précédente, tout en se maintenant non loin des 202.000 de la mi-septembre, un plus bas depuis 49 ans, selon les données publiées jeudi par le département du Travail.
Plus inquiétant, l'indice d'activité économique de la Réserve fédérale de Philadelphie a dénoté un fort ralentissement dans le nord-est des Etats-Unis en décembre alors que les économistes interrogés par Reuters attendaient une amélioration. L'indice "Philly Fed" a baissé à 9,4, au plus bas depuis août 2016, contre 12,9 en novembre et 15,0 attendu.
LA SÉANCE EN EUROPE
Les Bourses européennes avaient auparavant terminé en baisse de 1% à 2%, touchant des plus bas de deux ans - à l'exception de Londres qui recule plus modérément - dans le sillage de Wall Street après les annonces de la Réserve fédérale.
L'indice CAC 40 a perdu 1,78% à 4.692,46 points et le Dax allemand a cédé 1,44%.
Le FTSE-100 britannique a limité sa perte à 0,72%, à la suite de la réunion de politique monétaire de la Banque d'Angleterre qui semble vouloir continuer à prendre en compte la fragilité de son économie et s'abstenir de relever ses taux tant que les incertitudes liées au Brexit continueront de peser.
L'indice paneuropéen Stoxx 600 a perdu 1,38%, ce qui porte sa baisse à 13,5% depuis le 1er janvier - sa plus mauvaise performance depuis 2008. Le recul depuis le début de l'année est de 17,9% pour le Dax, de 12,7% pour le Footsie, de 11,7% pour le CAC et 15% environ pour la Bourse de Milan. [.EUFR]
L'indice MSCI Monde, en baisse - d'environ 1,5% - pour la cinquième séance de suite, est lui retombé à son plus bas niveau depuis mai 2017. Depuis le début de l'année, c'est plus de 7.000 milliards de dollars de valeur boursière qui est partie en fumée sur les marchés mondiaux.
PÉTROLE
Emportés par la baisse de Wall Street, les cours du pétrole ont chuté sur le Nymex de quelque 5%, touchant des plus bas de plus d'un an.
Le contrat février sur le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) a perdu 4,75% à 45,88 dollars le baril après avoir reculé jusqu'à 45,67, un plus bas depuis août 2017. Le Brent a lui décroché de 5,05% à 54,35 dollars après un creux à 54,28, son plus bas niveau depuis septembre 2017.
Les deux contrats ont perdu plus de 35% par rapport aux pics atteints au début du mois d'octobre.
A SUIVRE VENDREDI :
Avant la trêve de fin d'année, les investisseurs prendront connaissance d'une volée d'indicateurs parmi lesquels le PIB définitif du troisième trimestre et l'indice d'inflation PCE Core, publié en même temps que la statistique des revenus et dépenses des ménages.
(avec April Joyner à New York et Medha Singh à Bangalore, Véronique Tison pour le service français)
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