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La lourde chute du titre EDF pose à nouveau la question de sa place en Bourse - La Tribune

Accident industriel ou gouvernance défaillante ? La décision de l'État, par ailleurs actionnaire à hauteur de 84% de l'énergéticien, d'amputer les bénéfices de 8 milliards d'euros d'EDF en 2022 pour préserver le pouvoir d'achat des Français (en limitant les hausses de tarifs), a fait plonger le titre de plus de 22% en début de séance, vendredi.

Le repli s'est peu à peu réduit au cours de la journée, pour clôturer à -14,59%. Le choc reste cependant sévère : pas moins de trois milliards d'euros de capitalisation évaporée en quelques heures... et une crédibilité vis-à-vis des marchés (une fois de plus) sérieusement écornée.

La perspective d'une augmentation de capital, lancée par le courtier JP Morgan Cazenove dans une note, n'a pas non plus aidé à rassurer. La ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, a effet indiqué que l'Etat serait « aux côtés » d'EDF pour l'aider à traverser cette mauvaise passe.

En revanche, le choc a été moins violent sur la dette obligataire d'EDF : la dette senior s'est dégradée de 7 à 10 points de base (40 points de base en matinée) mais l'impact a été plus limitée sur la dette hybride, de l'ordre de 2 points de base.

Ce décrochage en Bourse pose de nombreuses questions. Tout d'abord, il met en lumière le rôle pour le moins ambigu de l'Etat-actionnaire dont une décision politique met à mal une entreprise cotée. D'autant que le groupe doit gérer le énième surcoût de la centrale EPR de Flamanville. Ces contradictions de l'Etat-actionnaire ne sont pas nouvelles et pèsent comme une chape de plomb sur la valorisation du groupe. Depuis son introduction en Bourse en 2005, la capitalisation boursière a chuté de près de 70%, de 100 milliards d'euros à 28,5 milliards aujourd'hui.

Une rente nucléaire en question

Avec un aussi faible flottant (15%) et sa sensibilité aux décisions gouvernementales, se pose naturellement la question de la pertinence de sa cotation en Bourse. Certes, la valeur ne manque pas d'attraits, avec un rendement autour de 6%, ce qui peut en faire une valeur de fond de portefeuille.

EDF est également un acteur de poids en Europe. Mais son parc nucléaire est à la fois un atout (énergie longtemps bon marché) et une faiblesse, en raison de l'immense hypothèque sur le coût de démantèlement des centrales et de l'enfouissement des déchets. C'est d'ailleurs ce qui a expliqué sa décote historique par rapport à ses principaux concurrents européens, notamment allemands.

A cela s'ajoute un prix de revient sans cesse croissant de l'énergie produite par le nucléaire du fait des nouvelles exigences de sécurité imposés par l'État, mais aussi par les assureurs, les investisseurs et les agences de notation financière. Le récent classement du nucléaire par Bruxelles dans une catégorie spécifique d'énergie verte a été une vraie bouffée d'oxygène pour le groupe qui va ainsi pouvoir continuer à lever de la dette à des conditions de marché.

Projet de démantèlement enterré

C'était pour résoudre cette équation impossible que le projet Hercule de démantèlement d'EDF en deux ou trois parties était envisagé. Cette réorganisation envisageait une séparation partielle ou totale des activités nucléaires régulées et non-régulées et la création d'un EDF « Vert », regroupant les énergies renouvelables et la distribution et services et, enfin, un EDF « Bleu ». Celui-ci concentrerait les actifs nucléaires français et les centrales thermiques et hydrothermiques. Un processus qui aurait pu déboucher sur une seule cotation de la partie EDF « vert ».

Le dossier a été cependant officiellement refermé compte tenu de la complexité du projet (notamment le partage de la dette) et l'opposition des syndicats. Pourtant, la scission des grands groupes d'énergie est devenue la règle en Europe, sous l'amicale pression de Bruxelles mais aussi des marchés. Les groupes allemands E.ON er RWE ont ainsi scindé depuis longtemps leurs activités de production de celles des énergies renouvelables et de distribution.

L'épisode boursier de vendredi pourrait ainsi remettre en selle le projet... après les élections présidentielles.

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