Jack Ma, président et co-fondateur emblématique du géant chinois du commerce en ligne Alibaba, a annoncé son départ en retraite à compter de lundi, jour de ses 54 ans, dans une interview au New York Times publiée vendredi.
S’il abandonne son poste de "président exécutif", ce départ n’est pas la fin "mais le début d’une ère", a déclaré au quotidien américain l’homme le plus riche de Chine, qui a co-fondé en 1999 Alibaba, devenu un mastodonte technologique. Son groupe non seulement domine le commerce électronique en Chine, mais est également présent dans l’informatique en nuage ("cloud"), le cinéma et la finance, mélange—et concurrent—des colosses américains Amazon, eBay et Google.
19e fortune mondiale
Egalement derrière le service de paiement électronique mobile Alipay, aujourd’hui omniprésent en Chine, Jack Ma a largement contribué à transformer la façon dont ses compatriotes font leurs achats et les payent. Jack Ma prévoit de se consacrer désormais à des projets philanthropiques dans l’éducation, mais continuera à conseiller le groupe, a-t-il précisé au New York Times.
Contacté samedi, Alibaba n’a pas immédiatement répondu aux questions de l’AFP. Des clichés postés samedi par l’entreprise montraient Jack Ma au côté du patron du géant chinois des spiritueux Moutai. Ex-professeur d’anglais, véritable "self made-man" adulé par ses employés, Jack Ma est selon l’agence Bloomberg la 19ème fortune mondiale, avec un pactole évalué à 40 milliards de dollars. Vendredi, Alibaba pesait quelque 420 milliards de dollars de capitalisation boursière à Wall Street.

Crédit photo : JEWEL SAMAD
Il a bien préparé sa succession
Le milliardaire a annoncé sa retraite d’une façon singulière en s’adressant au New York Times, un quotidien bloqué par la censure sur l’internet chinois, sans aucun communiqué officiel de l’entreprise, et alors que lui-même possède le journal hongkongais South China Morning Post.
Certes, son départ n’est pas vraiment une surprise: l’entrepreneur avait distillé ces derniers jours des indices laissant présager d’un départ prochain.
Ce départ prématuré demeure exceptionnel dans les milieux d’affaires chinois, où la tradition de philanthropie reste neuve, et où les grands patrons tendent à rester longuement aux manettes, à l’image du magnat hongkongais de l’immobilier Li Ka-shing, retraité depuis mai… à 89 ans.
Mais Jack Ma a déjà soigneusement préparé sa succession depuis 2013, laissant son poste de directeur général à Jonathan Lu, puis Daniel Zhang. Lui-même restait président, chargé de la direction stratégique.
Son parcours : de son enfance défavorisée aux châteaux de Bordeaux
Les médias chinois rappellent volontiers l’enfance défavorisée et les débuts modestes de Jack Ma, qui avait quitté l’enseignement pour créer en 1999 Alibaba depuis son appartement de Hangzhou (est), en empruntant 60.000 dollars à des amis.
Rejeté à l’époque par des investisseurs américains, Jack Ma avait pris une revanche retentissante en réalisant en 2014 à Wall Street la plus grosse entrée en Bourse de l’histoire, levant 25 milliards de dollars. Il laisse aujourd’hui un groupe diversifié de quelque 85.000 employés, au chiffre d’affaires annuel robuste de 40 milliards de dollars, et dont les plateformes d’e-commerce Taobao et Tmall contrôlent 60% du marché chinois.
Alibaba mise sur son avance technologique dans l’intelligence artificielle pour mieux cibler les publicités et résister ainsi à la concurrence exacerbée de rivaux chinois en plein essor, de JD.com à Pingduoduo, une plateforme d’articles vendus à petit prix.
Le milliardaire est aussi connu dans la région du Sud-Ouest pour ses investissements dans le milieu viticole. En 1996, il avait notamment acheté le Château de Sours, dans l’Entre-Deux-Mers, mais avait aussi investi dans les châteaux Perenne et Guerry, dans le Blayais et le Bourgeais.
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