ON A TESTÉ - Lancée le 11 avril, la nouvelle offre de la SNCF permet de relier Paris à Lyon et Nantes à bord d'anciennes voitures Corail. Un voyage qui dure deux fois plus longtemps mais a l'avantage d'être proposé à prix réduit par rapport au TGV. On a testé.
Faire du neuf avec de l'ancien, c'est le pari que lance la SNCF avec sa nouvelle offre «Ouigo train classique». Inaugurée ce lundi 11 avril, elle permet de voyager entre Paris, Lyon et Nantes, tout en desservant une dizaine de gares intermédiaires comme Le Mans, Angers, Dijon ou Chalon-sur-Saône. Si le voyage dure deux fois plus longtemps, il est aussi moins cher : les prix, fixes, sont établis entre 10 et 30 euros, y compris en dernière minute.
L'offre est finalement très comparable à celle des Intercités 100% Éco qui circulaient jusqu'en 2019 entre Paris et Grenoble, Bordeaux et Strasbourg. Le principe était le même : offrir une alternative plus lente mais moins chère que les TGV en empruntant les voies classiques dont le péage est moins onéreux. Ce service renaît donc sous un autre nom et sous la forme d'une filiale privée. Un savant montage juridique dont la SNCF est coutumière qui est dénoncé par plusieurs syndicats de cheminots. Plusieurs dizaines d'entre eux ont d'ailleurs retardé d'une heure le départ de notre train en s'introduisant sur les voies en gare de Paris-Austerlitz.
Confort, service à bord, explication de la tarification… Pour évaluer cette nouvelle offre, nous avons pris place dans l'un des premiers trains en circulation entre Paris et Nantes.
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Le confort : 8/10
Lors d'une présentation des rames à la presse, début mars, la SNCF n'avait montré que l'extérieur du train et leur nouveau pelliculage rose bonbon, mais impossible de jeter un coup d'œil à l'intérieur. Pourquoi tant de mystère ? S'il est vrai que les rames Corail (contraction de «confort sur rail»), mises en service à partir de 1975, arborent un aspect vieillot que l'on peut avoir honte de présenter comme un nouveau produit, force est de reconnaître que leurs sièges sont certainement les plus confortables qui existent encore sur le réseau français. En tout cas, on s'y sent beaucoup plus à l'aise que dans les autres Ouigo où, comme dans les avions, l'espace est optimisé au maximum.
Hormis les vitres (sans rideau ni store !), rien n'a été rénové. Seuls quelques autocollants aux couleurs de Ouigo ont été ajoutés çà et là. Détail qui risque de décevoir les voyageurs connectés : on ne trouve ni Wi-Fi, ni prises électriques. Néanmoins, l'ensemble du train n'est pas homogène, certaines voitures sont un peu mieux équipées que d'autres. Avec un peu de chance, vous pourrez trouver une prise selon la voiture où vous êtes placé.
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Le service : 6/10
Comme on peut s'y attendre avec une offre à bas coûts, le service est réduit au minimum. Si les Ouigo à grande vitesse sont dépourvus de voiture-bar, les «Ouigo lents» proposent un service de snacking ambulant. Plutôt appréciable quand le trajet dure quatre heures, mais n'espérez pas apaiser une grande faim : seuls des chips, des barres chocolatées et des bouteilles d'eau ou de soda sont proposées... Pour un repas complet, on prendra ses dispositions.
Les voyageurs peuvent emporter leur vélo (5 € pour un vélo démonté en housse, 10 € pour un vélo non démonté), ce qui n'est pas possible dans les Ouigo à grande vitesse. Outre celui qui est inclus dans le billet, les bagages sont facturés 5 € (option gratuite tout au long de l'année 2022). Point positif : l'embarquement se fait jusqu'à cinq minutes avant le départ du train, alors que les clients de Ouigo grande vitesse doivent se présenter trente minutes à l'avance.
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Le parcours et les horaires : 6/10
Comme son nom l'indique, le nouveau Ouigo circule à vitesse classique, entendez à 160 km/h maximum. Alors qu'un Ouigo à grande vitesse met deux heures pour relier Paris au centre de Lyon et Nantes, les «Ouigo lents» y parviennent en 4 heures 30 environ. Dans la capitale, les départs se font depuis des gares secondaires : gare de Bercy pour les trains vers Lyon (un aller-retour quotidien), gare de Paris-Austerlitz pour ceux vers Nantes (deux allers-retours quotidiens, l'un via Blois, l'autre via Le Mans).
Autre particularité, les trains desservent plusieurs gares de la banlieue parisienne. Lors de notre voyage, la moitié des voyageurs est montée dans les trois gares franciliennes desservies (Juvisy, Massy-Palaiseau et Versailles Chantiers). Preuve, sans doute, que ce train répond à une demande des passagers habitant dans le sud de Paris.
Le prix : 8/10
Enfin une once de simplicité dans la tarification de la SNCF ! Sur les nouveaux Ouigo, les prix ne sont pas fixés en fonction de la demande et du taux de remplissage (yield management), comme c'est le cas avec les autres trains (sauf TER). Pas de risque, donc, de voir le prix s'envoler à l'approche du départ. Tous les voyageurs d'un même train sont assurés de payer le même tarif, compris entre 10 et 30 € (prix fixe de 5 € pour les enfants de moins de 12 ans), quel que soit le moment de la réservation, sachant que les ventes ouvrent 45 jours avant le départ. L'échange coûte 10 € tandis que l'annulation du billet n'est pas possible.
Ce système de prix fixe pourrait séduire les voyageurs habitués à partir en dernière minute. L'offre montre son véritable intérêt en période de grands départs (vacances scolaires...), lors desquels un Paris-Lyon ou un Paris-Nantes peut facilement se vendre une centaine d'euros l'aller simple si l'on ne dispose pas de carte Avantage. Bon à savoir si vous prévoyez de voyager vers l'une de ces destinations lors des week-ends prolongés de Pâques et de la Pentecôte.
Avec cette offre, la SNCF cherche davantage à faire concurrence à la route qu'à se concurrencer elle-même. La cible ? Les automobilistes et les habitués du covoiturage et des cars longue distance. Le jour de notre départ, la plupart des covoiturages entre Paris et Nantes étaient proposés à 25 €, avec un avantage, celui de la flexibilité du point de départ et d'arrivée. Du côté des cars, Blablabus et Flixbus proposaient des places à 20 € pour un trajet plus long d'une heure (soit 5 heures 30). Notre Ouigo était donc à la fois le moyen le moins cher (19 €) et le plus rapide (4h18) pour rejoindre Nantes.
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Note finale : 7/10 pour le Ouigo train classique
La SNCF assume son modèle de voyages à deux vitesses. Le «Ouigo lent» veut attirer des clients qui ont du temps mais peu de moyens. Quoi qu'on en dise, c'est un bon moyen de rendre le train accessible à tous les budgets. Reste à savoir si les voyageurs habitués à la grande vitesse seront prêts à multiplier leur temps de trajet par deux et sacrifier une demi-journée pour gagner quelques euros... Certains jours, il est plus intéressant d'emprunter un Ouigo à grande vitesse, proposé à 19 € vers Nantes et Lyon. Sur le Paris-Lyon, les voyageurs peuvent également compter sur Trenitalia, le nouveau concurrent de la SNCF, qui propose ce trajet à partir de 23 €. La SNCF espère atteindre 1,2 million de voyageurs d'ici deux ans avec cette nouvelle offre conçue avant tout comme une expérimentation.
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