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Airbags défectueux : après la mort de plusieurs conducteurs, 600 000 Citroën C3 et DS3 rappelées et trois enquêtes ouvertes
Depuis plusieurs semaines, de nombreux clients de Citroën sont à pied. Mais c’est pour éviter un drame. Plus de 600 000 voitures C3 et DS3 de la filiale de Stellantis ont été rappelées dans une vingtaine de pays, dont la France, pour un problème d’airbags de la marque Takata, lié à «la détérioration du gaz» du système de gonflement, «qui vieillit au cours des années», a expliqué un porte-parole du groupe. Connu depuis plusieurs années, il a déjà entraîné des dizaines de morts et des millions de rappels de véhicules d’autres marques. Les modèles Citroën en cause sont ceux produits entre 2009 et 2019 mais seuls les résidents du sud de la France sont concernés par le rappel – les régions situées «au sud d’une ligne Clermont-Ferrand/Lyon» – car la détérioration du gaz peut être favorisée par la chaleur et l’humidité.
Dans le détail, ce sont 497 171 Citroën C3 et 108 601 DS3 qui sont rappelées en Europe du Sud, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, dont un gros contingent en France : 181 734 C3 et 65 149 DS3. Des courriers ont été envoyés début mai par Citroën aux propriétaires, qui doivent s’enregistrer en ligne et sont ensuite contactés pour planifier la réparation chez un concessionnaire, prise en charge par le constructeur, mais de nombreux clients se plaignent d’être pris au dépourvu. Un autre rappel a été décidé pour des Dacia Duster en raison d’airbags défectueux mais le fabriquant, filiale de Renault, assure qu’il ne s’agit pas de produits Takata, selon France 3.
«Petites pièces projetées»
Selon la notice de «rappel produit» diffusée le 3 mai par Rappel Conso, «le [gaz] propergol dans les coussins gonflables du conducteur et du passager peut se détériorer avec le temps. Dans le cas d’un accident dans lequel les airbags se déploient, il pourrait se rompre avec trop de force, blessant les occupants du véhicule». «Lorsque le gaz se détériore, il peut affecter un certain nombre de pièces qui constituent l’airbag, et lorsqu’il se déclenche en cas d’accident, il pourrait y avoir des particules ou des petites pièces qui pourraient être projetées avec le coussin gonflable et occasionner des blessures», a précisé le porte-parole de Stellantis.
Ce qui pouvait sembler depuis début mai comme un rappel consommateur comme il en existe tous les jours ne bloque pas seulement des centaines de milliers de personnes. L’affaire a pris une autre tournure lorsque, jeudi 29 mai, le Parisien explique qu’une information judiciaire a été ouverte en juin 2023 en Guadeloupe, pour «homicide involontaire et homicide involontaire par personne morale», le procureur Xavier Sicot expliquant que son «parquet a en effet été saisi du décès d’une femme de 44 ans […] qui conduisait au moment de son décès un véhicule Citroën C3». Et d’ajouter, comme pour illustrer l’importance du problème technique révélé ces dernières semaines : «L’autopsie a permis de révéler que le décès résultait de la projection d’un élément métallique de l’airbag conducteur en direction de la tête de la victime, l’airbag s’étant déclenché sans choc préalable. Le modèle d’airbag défectueux se trouvait être un modèle fabriqué par une société japonaise, à savoir l’équipementier Takata.»
Une autre information judiciaire a été ouverte à Pointe-à-Pitre, concernant trois décès et deux blessés graves, indique au Parisien l’avocat Grégory Guyard. «Nous avons eu connaissance des premiers cas dès 2017, notamment celui d’un automobiliste percuté par une moto qui s’est retrouvé avec un bras déchiqueté par une pièce métallique provenant de l’explosion de son airbag», explique l’avocat, qui cite également une autre victime qui a eu une partie de la mâchoire emportée par un bout de métal. Grégory Guyard conclut : «De toute ma carrière d’avocat, je n’avais encore jamais été confronté à un tel scandale, dont le retentissement est aujourd’hui mondial.» Une information judiciaire contre X pour homicide involontaire a enfin été ouverte après la mort d’une femme à Matoury, en Guyane.
BMW, Lexus, Honda Civic et même Ferrari
Ce rappel massif et ces drames ne sont pas les premiers impliquant l’entreprise Takata, qui a produit ces airbags défectueux. Plus de 20 000 Citroën DS avaient été rappelées en 2021, un an après de premiers rappels, essentiellement en outre-mer. Les modèles de Stellantis ne sont pas les seuls concernés : Audi A4 et A6, Toyota Avensis et Yaris 3, plusieurs BMW ou Lexus, Honda Civic et même Ferrari… Le problème est en réalité connu depuis 2014, avec des rappels qui ont dépassé les 100 millions de véhicules à travers le monde et ont entraîné la démission du PDG de Takata en 2017 ainsi que le dépôt de bilan de l’entreprise, alors leader mondial des airbags. La même année, un bilan faisait déjà état de 16 morts et au moins 180 blessés. En 2016, un comité indépendant aux Etats-Unis qui avait investigué sur les problèmes expliquait : «Même si notre enquête a été compliquée par la multitude des designs de capsules de gonflage utilisées par Takata dans différentes voitures, toutes ces capsules et ces plates-formes pointaient vers un problème commun.»
Pourquoi Stellantis a-t-il alors autant attendu pour ces 600 000 rappels ? «Il n’y a pas eu de retard dans l’action, plaide le groupe auprès du Monde. Une première campagne de rappel pour la France d’outre-mer a été lancée mi-2020, à la suite d’un suivi attentif de la situation, en contact permanent avec les autorités locales. Plusieurs communications aux clients ont été émises depuis 2020, y compris des lettres, de la publicité, des communiqués de presse et même des appels téléphoniques aux clients dépositaires.» Les familles des victimes et leurs avocats ne semblent pas du même avis.
Mise à jour à 16h45 : avec une troisième plainte.
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